Pokémon, à bout de souffle ?

La série Pokémon est une des franchises les plus connues du jeu-vidéo. Faisant partie des piliers de Nintendo, la licence a su évoluer en proposant des jeux toujours plus complets et profonds à explorer. Le tout en gardant intactes les valeurs qui façonnent son univers, à savoir : collectionner, échanger et combattre. Voilà maintenant plus de 20 ans que nous retrouvons régulièrement les célèbres monstres de poche sur les consoles de Big N.
Mais alors que Pokémon s’apprête à débarquer sur Nintendo Switch, laissant derrière soi sept générations de jeux, une question hante mon esprit : comment se vendent les différents jeux Pokémon ? En vingt années d’existence, ces jeux ont-il gardé un rythme de ventes soutenu ou au contraire, s’est-il essoufflé d’année en année ? Je vous propose donc une analyse, chiffres à l’appui, de la santé financière de notre chère licence.

Avant de commencer, je tiens à préciser que je ne mentionnerai pas les jeux Pokémon sur GameBoy (de première et seconde générations), étant donné que les chiffres que l’on peut trouver sur Internet (31 millions pour Rouge/ Bleu et Vert, 23 millions pour Or et Argent, 14 millions pour Jaune et 6 millions pour Cristal) ne sont pas officiels. En effet, ce ne sont que des estimations : la seule information communiquée par Nintendo est le cumul des ventes de ces jeux, à savoir, 76 millions de jeux vendus.


Pour débuter, nous allons nous intéresser aux ventes de jeux des consoles où Pokémon est présent. À savoir, la Game Boy Advance, la Nintendo DS et la Nintendo 3DS.

Top ventes GBA-DS-3DS

Si Pokémon ne domine qu’une seule fois le classement avec Rubis et Saphir, retenons que tous les jeux sortis, à l’exception de Pokémon Platine et Noir 2 et Blanc 2, font partie des meilleurs ventes de leurs consoles respectives.
Les ventes de jeux DS méritent que je les commente. Pour re-contextualiser la console, cette dernière fut vendue comme une console grand public, visant les joueurs occasionnels, peu habitués à avoir une manette/console en main. Ce qui explique que nous nous retrouvons avec des jeux comme Nintendogs ou le Programme d’Entraînement Cérébral du Dr. Kawashima qui surclassent notre licence favorite.

Ce qui ne dénature en rien les performances de Pokémon puisque la licence représente, quelque soit la console, la plus grande part des jeux vendus

Représentation des licences Nintendo

De plus, Pokémon possède des ratios de jeux vendus par console des plus honorables. Sur GBA (81 millions de consoles écoulées), 43% des joueurs ont craqués pour les monstres de poches.
Le ratio est quelque peu similaire sur DS et ses 152 millions d’acquéreurs puisque 41% de ces derniers ont touché au moins à la quatrième ou cinquième génération.
Enfin, Kalos, Hoenn et/ou Alola ont particulièrement plu puisque 74% du public 3DS (soit plus de 72 millions de joueurs), a glissé une cartouche Pokémon dans sa console.


Maintenant que j’ai montré le poids de la franchise Pokémon pour les consoles Nintendo, il est temps d’analyser l’évolution des ventes de ses jeux.

Distributions des RPG Pokémon

Nous pouvons distinguer trois groupes de jeux : les jeux principaux, introduisant une nouvelle génération, les jeux complémentaires, proposant une alternative ou une suite aux jeux principaux et les remakes.


Les jeux principaux

Distribution des jeux Pokémon principaux

Ces premiers sont naturellement les plus vendus étant donné qu’ils proposent le plus de nouveauté. Si en moyenne ces jeux se vendent à 16 millions d’exemplaires, les épisodes sortis sur DS font exception.
Diamant et Perle ont bien entendu profité du grand succès de la console tactile en plus de profiter de sa puissance et de ses possibilités. Éléments 3D, échanges et combats mondiaux font partie des clé du succès de la quatrième génération qui a ainsi pu dépasser les 17 millions de jeux vendus.

A l’inverse, Pokémon Noir et Blanc sont les seuls à ne pas avoir atteint le cap des 16 millions. Ces jeux ont la particularité d’avoir été développés comme des reboot. Notamment en incluant des Pokémon des quatre premières générations qu’après avoir battu la ligue. Un sacré pari pris par Game Freak qui a autant été salué que critiqué.
Autre facteur qui aurait joué un rôle : sa date de sortie. Ces épisodes ont débarqué cinq mois avant la sortie de la Nintendo 3DS au Japon.  Pire encore, nous autres, joueurs occidentaux, n’avons pu découvrir la région d’Unys que quelques jours seulement avant la console ne soit disponible dans nos contrées. Pas évident de communiquer sur un jeu d’une console en fin de vie tout en assurant la promotion de sa remplaçante.

Records Soleil & Lune - Démo et précoVient ensuite le cas de Pokémon Soleil et Lune. Comme Noir et Blanc, ils représentent la seconde génération a être sortie sur leur console respective. Autre point de comparaison, Soleil et Lune sont sortis également quelques mois avant la console censée remplacer la 3DS : la Nintendo Switch. Je dis censé car, à l’heure où j’écris ses lignes, la transition entre les deux consoles  n’est pas encore totalement effectuée. D’autant plus que pour le grand public, la Switch ne représente pas encore un net successeur de la 3DS. Toujours est-il que la sortie imminente de la console hybride de Big N n’a en rien gêné les ventes des jeux de septième génération.
Impact de Pokémon GO sur les RPG 3DSBoosté par le succès estival de Pokémon GO, Soleil et Lune peuvent se vanter d’avoir battu des records : le 28 octobre 2016, soit un mois avant leur sortie, ces jeux étaient déjà devenus les plus pré-commandés de l’histoire de Nintendo. Même constat concernant la démo qui devint, en dix jours, la plus jouée de toutes avec pas moins de 3,5 millions de téléchargement en une semaine. C’est donc sans surprise que 10 millions de jeux furent distribués pour le lancement. Et si aujourd’hui, leur succès commercial est quasi-similaire à celui de Pokémon X et Y, ils peuvent se vanter de l’avoir atteint en moins de temps.

Comparaison des ventes - X & Y et Soleil & Lune

 


Les jeux complémentaires

Distribution des jeux Pokémon complémentaires

Les jeux dits « complémentaires » reprennent la trame des jeux principaux correspondants. Scénaristiquement, ces jeux permettent de présenter le troisième Pokémon légendaire complétant le trio des deux légendes précédemment mises en avant. Ils sont donc souvent conseillés aux joueurs n’ayant pas encore joué aux jeux de la génération en cours ou aux fans hardcore puisque les jeux complémentaires présentent bien souvent un contenu supplémentaire peu significatif pour le joueur qui aurait déjà joué au(x) jeu(x) principaux concerné(s).

Traditionnellement, ces jeux présentent donc des ventes en deça des jeux principaux. En général, elles sont à hauteur d’un peu moins de 50% de celles de ces derniers. Ainsi, les ventes de Pokémon Emeraude et Platine représentent 43% de celles de leurs modèles. Peu enclin à casser ses propres codes, Game Freak nous a cependant surpris avec Pokémon Noir 2 et Blanc 2 et Ultra Soleil et Ultra Lune. Les premiers font suite à l’intrigue de Noir et Blanc et proposent un contenu plus conséquent qu’à l’accoutumée alors que les seconds restent dans la lignée de Emeraude et Platine mais ont tout de même été décliné en deux versions.

Ce changement a porté ses fruits puisqu’aujourd’hui, Noir 2 et Blanc 2 sont les jeux complémentaires les plus vendus avec 54% des ventes effectuées par Noir et Blanc. Et si Ultra Soleil et Ultra Lune connaissent des ventes similaires à Emeraude et Platine, ils peuvent se vanter d’avoir dépassé leurs homologues sur la proportion de jeux vendus par rapport à leurs originaux puisqu’ils représentent 46% des ventes de Soleil et Lune.


Les remakes

Distribution des remakes Pokémon

Il est temps de passer aux remakes. Par définition, ce genre de jeux a deux objectifs : jouer sur la fibre nostalgique des joueurs ayant connu les originaux et faire découvrir aux nouvelles générations d’anciens jeux remis au goût du jour.
Avec les remakes Pokémon, la règle est simple : adapter les jeux d’une génération rétro aux standards de la génération actuelle autant graphiquement qu’au niveau du gameplay. Le tout en proposant quelques nouveautés histoire de poursuivre l’enrichissement de l’univers Pokémon.
Concernant ce type de jeu, le constat saute aux yeux : les ventes sont à la hausse. Rien de très spectaculaire mais l’augmentation est bien réelle et progressive. De quoi encourager Game Freak à poursuivre le développement de ces productions.

Enfin, notons que le temps séparant la sortie des jeux principaux de celle de leurs remakes s’accroît elle aussi : 8 ans séparent Rouge et Vert de Rouge Feu et Vert Feuille alors que Or HeartGold et Argent SoulSilver sont sortis pour les 10 ans de la seconde génération quand Rubis Oméga et Saphir Alpha sont apparus 12 ans après les épisodes originaux. Doit-on y voir un signe que les remakes de Diamant et Perle ne débarqueront que 14 ans après ces derniers, soit en 2020 ? Cela reste possible, sauf si Game Freak décide de briser ses codes, encore une fois.


En conclusion, il est clair que Pokémon présente une longévité impressionnante. Ses ventes sont, dans l’ensemble, constantes, une victoire due aux compétences de Game Freak, qui 20 ans plus tard est plus en forme que jamais. Et ce, malgré le fait que les ventes de consoles portables de Nintendo varient grandement d’une génération à l’autre.

Ensuite il semble qu’avoir deux générations par console sera désormais monnaie courante, ce qui n’empêche pas le studio de faire preuve de créativité.
Et si les remakes se reposent en grande partie sur les acquis techniques mis en place, ils représentent une part non négligeable du succès de la licence.

Reste à savoir si les chiffres des jeux complémentaires correspondent aux attentes de Nintendo. Il ne serait en effet pas exclu de voir ce type de jeux disparaître au profit de DLC payants, de plus en plus en vogue depuis quelques années. Cela permettrait d’enrichir l’expérience de jeu à moindre coût, tout en visant l’ensemble des acheteurs des jeux principaux.

Enfin, n’oublions pas que le succès des jeux Pokémon et celui des consoles Nintendo est inter-dépendant, ces derniers permettant de vendre à eux tout seuls des consoles. Il suffit de constater le nombre croissant de consoles collector au fil du temps pour s’en convaincre.

Nombre de console collector Pokémon

Je pense que Game Freak peut être fier du chemin parcouru par sa licence. Le bilan est plus que positif. Et alors que Pokémon se dirige désormais vers la Nintendo Switch il faudra désormais s’attendre à plusieurs changements majeurs qui pourraient donner un souffle nouveau à la licence.
Sans compter le fait que Game Freak sera probablement encore amené à briser certains codes comme il le fait depuis quelques années. Le tout en s’assurant de rester fidèle à la série.
Car après sept générations et plus de 300 millions de jeux écoulés, l’arrivée de Pokémon sur la console hybride de Big N devra, plus que jamais, jongler entre innovation et respect de son héritage et de ses valeurs.

 

Sources : NintendoTwitter d’Oscar Lemaire et de Serebii, Bulbapedia et ResetEra

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2 réponses

  1. Nini dit :

    C’est une analyse complète et c’est du bon boulot. Je pensais que Twitch Plays Pokémon aurait peut-être influencé un peu les ventes de X et Y (Février 2014). Je sais pas en fait.

    Par contre, je pense toujours que sortir un Pokémon Switch freinera les ventes auprès des plus jeunes joueurs. Vu que la Switch et les jeux sont plus chers que ceux de DS et 3DS, je pense que certains parents ne céderont pas comme ils pouvaient le faire avant. Après, peut-être que je me trompe, mais ça me fait peur.

    • Aquateur dit :

      Merci à toi. 🙂
      Par rapport à Pokémon, c’est clair que la situation est spéciale, mais très intéressante car sans précédent. Pokémon est la seule licence de Nintendo qui soit exclusive (pour ses jeux principaux) aux portables de la firme. Et en plus, qui vise un public spécifiquement jeune. Sans parler de l’importance cruciale de la communication entre joueurs. Puisque pour rappel, ça fait parti de ses valeurs.

      Donc actuellement c’est clair, Pokémon et la Switch, ça fait deux. Mais qui sait ce que Nintendo nous réserve. Rien qu’en partant du principe que les futurs RPG sortent en fin d’année, ça laisse le champ libre à Nintendo de revoir son offre pour s’ajuster en fonction de sa deuxième plus grosse licence.

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